Témoignages

Prison de la Santé

 

Jacques Fesch à son camarade de détention André Hirth avant sa conduite à l’échafaud: « Ça y est ! Je crois que, je crois qu’ils viennent, c’est fait maintenant. » Il ajouta: « André !…André !…Je n’ai jamais pu réellement distinguer ton visage…Pourtant, je suis persuadé que nous nous rencontrerons à nouveau…On se retrouvera là-haut…Tu sais, André, quand on se retrouvera là-haut, eh bien je crois que je te reconnaîtrai à ta voix. Je te dis donc simplement: Au revoir…En attendant, si un jour tu rencontres ma fille, dis-lui combien je regrette, combien je l’aime… » Réponse d’André Hirth à Jacques: « Ciao, sois courageux, petit frère ! »  Commentaire du même camarade : «Je crois que je l’aimais beaucoup. J’aimais beaucoup son courage, cette foi qu’il avait. Cette foi que moi je n’avais pas encore, que j’ignorais totalement. Oui, c’est vrai ! (…) Une chose reste certaine, c’est que Jacques est parti, et qu’il est toujours présent en moi. (…) Jamais je n’ai pu oublier. »

Monsieur André Hirth, voisin de cellule de Jacques Fesch

« …Je me souviens très bien de Jacques Fesch et qu’à son sujet je me suis entretenu plusieurs fois avec son avocat Maître Baudet, et trois ou quatre fois par semaine avec le Père Devoyod, avec lequel j’avais d’excellentes relations et qui m’a accordé son amitié. Jacques a été exécuté le 1er octobre 1957: je peux affirmer que, lors des derniers moments de son existence, il a fait preuve d’un formidable courage et d’une grande correction vis-à-vis des personnes obligées d’assister à l’exécution; je me rappelle qu’il a tenu à adresser ses remerciements à Maître Baudet, au Père Devoyod et à moi-même. Je ne me souviens pas de la date d’arrivée de Jacques Fesch à la Santé ni celle de sa condamnation. De toute façon, l’accueil des condamnés à mort et leur contrôle presque journalier incombait à mes deux sous-directeurs, lesquels ne m’ont jamais fait de remarques défavorables au sujet de l’intéressé. Il m’est arrivé, lorsque je faisais ma tournée en détention et au quartier des condamnés à mort, de bavarder avec Fesch et d’essayer de remonter son moral. Je peux donc dire que son comportement vis-à-vis du personnel a été exemplaire et que tous ceux qui l’ont côtoyé avaient le même sentiment que moi, c’est-à-dire que Fesch regrettait sincèrement son crime et était parfaitement amendable.(…)Pour terminer, je voudrais vous faire part de ce que je pense encore aujourd’hui au sujet de Fesch: c’est qu’il aurait été gracié si sa victime n’avait pas été un agent de la force publique. »

Monsieur Mariani, directeur de la prison de la Santé de 1954 à 1960

«Jacques était convaincu d’aller au ciel, en somme, il avait une foi extraordinaire, il était déjà dans l’éternité, il vivait déjà…Il m’a même dit: « Je vous aiderai plus tard, je vous aiderai. Vous serez bonne avec les condamnés à mort, c’est dur, vous voyez.  » Et il semblait déjà n’être plus sur terre.»

Mademoiselle Marguerite Anstett, assistante sociale à la prison de la Santé

« Fesch ne savait pas se servir des armes.»  «Malheureusement, comme tous ceux qui ne savent pas tirer, la balle est arrivée dans le cœur de ce gardien qui a été tué sur le coup.»                                                                                                                                      « Moi je ne le cache pas, je l’ai déjà dit, je ne l’aurais pas condamné à mort. »

Monsieur Max Fernet, commissaire divisionnaire, chef de la Brigade criminelle au moment de l’affaire Fesch qui fut chargé de mener l’enquête après l’arrestation de Jacques.

« …Le procureur a dit à Jacques Fesch que sa grâce était rejetée. Fesch s’y attendait car son avocat l’avait préparé à la mort. Il a enfilé son pantalon et jeté sa veste sur ses épaules. Il est sorti. Il marchait très vite. Arrivés à la rotonde, la partie vitrée qui donnait sur la cour était recouverte d’une couverture. Fesch et son avocat se sont agenouillés et ont communié. Un surveillant s’est approché de lui avec dans le dos un verre de rhum et une cigarette. Fesch les a refusés. Il s’est assis sur le tabouret. Les aides du bourreau ont découpé sa chemise et l’ont ficelé puis soulevé. En passant la porte, Fesch a embrassé le crucifix que lui tendait le prêtre. Deux secondes après, on entendait le bruit de la guillotine. Fesch est mort avec un grand courage. Nous n’étions pas très fiers d’avoir assisté à un tel spectacle…Je suis partisan de la peine de mort mais je n’aurais pas fait exécuter Fesch. Il n’avait pas prémédité son crime. »

  Monsieur François Le Mouel, commissaire-adjoint chargé de l’affaire et membre du cabinet du directeur de la police judiciaire

 

« Je ne devrais pas parler…Mais on est tous émotionnés nous aussi. Quel cran ! Quel courage !…Ah ! Ils auraient pas dû le caner ce gars-là ! »

Un brigadier présent lors de l’exécution

« Nous ne connaissons la physionomie de Jacques qu’à travers un méchant portrait. Sans nul doute, il n’a jamais été vraiment mauvais et il s’est élevé à la fin à une hauteur que ceux qui l’ont tué ne pourront jamais soupçonner. Nous n’arrivons pas encore à croire que c’est vrai, qu’ils ont osé…Depuis plus de cinq mois, je n’ai pas eu une bonne nuit de sommeil…J’ai tenté et tenterai encore de dire quels sont les assassins, de mettre la société face à ce qu’on a fait en son nom. Je ne serai jamais capable, même s’il fallait que je le fusse, de penser à Jacques de sang-froid. Sans doute faut-il que tout soit fait pour sa réhabilitation. J’ai le devoir de déclarer que Jacques Fesch, criminel par déroute et par désarroi, a été totalement régénéré par un repentir exemplaire, qu’il est mort sainement (je connais la valeur de ces mots), et que son exécution capitale a été un assassinat légal…

         Monsieur Armand Jacob, écrivain, professeur d’université, traducteur de Brecht, correspondant de Jacques en prison

« C’était un garçon à part et nous avons parfaitement  senti qu’il ne cachait rien, ça c’est très important. Un homme qui ne cache rien dans un box de la cour d’assises, croyez-moi, c’est très rare. Eh bien ! lui ne cachait rien du tout. Il avait une retenue et on s’est demandé ce qu’il y avait en lui. Eh bien lui ! Ce qu’il y avait en lui, moi je vais vous le dire : c’est…une certaine sainteté. » 

Monsieur Frédéric Pottecher, chroniqueur judiciaire, journaliste au moment de l’affaire Fesch, écrivain, poète, présentateur

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« Jacques Fesch, en prison, a été retourné comme un gant par le Saint-Esprit. Et quand on a lu sa fin, avant le moment fatidique sur l’échafaud, on se demande maintenant si la société n’a pas exécuté un homme nouveau…peut-être un saint ! »

Père Roger Guichardan, écrivain, ancien directeur du Pèlerin

« Si c’était en mon pouvoir, je le canoniserais parce que je peux attester que Jacques Fesch avait atteint la sainteté ! »

Père Augustin-Michel Lemonnier, prêtre carme, auteur de l’introduction de Lumière sur l’échafaud

« Jacques est passé du refus de l’amour à la découverte que Dieu est Amour. A partir de cette découverte et du pardon de l’Amour, a jailli en lui un extraordinaire sentiment de joie. [...] Un document de ce genre [Lumière sur l'échafaud] est de ceux qui peuvent donner de la Passion du Christ le plus vigoureux commentaire. [...] Le Journal de « ce pêcheur pardonné » est une merveilleuse leçon de choses, plus éloquente que des discours, parfait et émouvant commentaire de ce que croit l’Église quand elle parle de « rémission des péchés ». » Cardinal Gabriel-Marie Garrone, Le Credo Lu dans l’histoire, collection « Doctrine pour le Peuple de Dieu », Beauchesne, Paris, 1974, II, 19: « La rémission des péchés ou Lumière sur l’échafaud » pp. 265-276.

En 1990, dans une lettre du Cardinal Garrone à Sœur Véronique, carmélite chargée de l’enquête préliminaire à la procédure de béatification: « Il me semble que vous avez reçu du Seigneur de grands encouragements avec le succès des ouvrages de votre protégé Jacques Fesch. Il le mérite [...] C’est vous dire, ma Sœur, que j’admire votre action et que je suis heureux de pouvoir contribuer à l’heureux développement des choses. Gardons bon espoir. Je pense que nous servons une bonne Cause, puisque ce message a touché tant de gens. Nous avons une part importante par la prière à la suite des choses, et à l’intérêt des Chrétiens. Tâchons d’y être fidèles. »                                                                                                                                                                                            Cardinal Gabriel-Marie Garrone, archevêque de Toulouse, président du Conseil pontifical pour la culture de 1982 à 1988.

« A la question: Jacques Fesch, par exemple, a vécu sa mort comme une passion…                                                                 Réponse de Robert Badinter: Et rien ne semble plus dérisoire aujourd’hui que son exécution.»

Monsieur Robert Badinter, homme politique français, avocat, garde des sceaux, ministre de la Justice de 1981 à 1986, président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, artisan de l’abolition de la peine de mort en France en 1981

« Personne n’est à jamais perdu aux yeux de Dieu même lorsqu’il est socialement condamné. Ne pas voir cette évidence, constitue une perte du sens chrétien. Jacques Fesch, a comme le Bon Larron, donné l’exemple d’une vie radicalement transformé par la conversion, alors qu’il subissait l’épreuve de la prison. Un tel changement devrait donner un grand espoir à celles ou ceux qui se méprisent eux-mêmes, qui se regardent comme irrémédiablement perdus. Aucun humain n’a le droit de se mépriser, au point de se considérer comme abandonné à une déchéance irrémédiable. Aucune personne ne peut se dire exclue de l’amour que Dieu lui porte. Nul n’est « un bon à rien ». (…) Je désire vivement que le Pape puisse le canoniser, en faire un autre «saint Bon Larron» (…). A la fin de sa vie, il vivait presque comme un moine dans sa cellule, n’ayant qu’un désir: «Puisse le Seigneur me faire comprendre un peu plus profondément la grandeur de son Amour» (…) J’espère qu’il sera un jour vénéré comme une figure de sainteté. »

Cardinal Jean-Marie Lustiger, Archevêque de Paris

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