Vie en prison

Cour intérieure de la prison de la Santé, "le Camembert": la cellule 18 est indiquée par une flèche.

A la suite de son arrestation survenue le 25 février 1954, Jacques Fesch fut incarcéré pendant trois ans et demi à la prison de la Santé, du 27 février 1954 jusqu’au 1er octobre 1957. Il intégra d’abord la cellule 88 puis quelque temps après la cellule 18 où il passa une durée importante de sa détention. Il se retrouva seul, entre quatre murs, en quartier de haute surveillance, dans la 2ème division de la prison, face à sa conscience, avec pour l’identifier le numéro d’écrou 421530. Ses conditions d’emprisonnement se résumaient ainsi: seul en cellule, il devait se lever à sept heures, avait seulement droit à une demi-heure de promenade journalière, toujours seul, ainsi qu’à trente minutes de parloir par semaine, un unique colis par mois, trois livres par semaine, avec une journée continuellement rythmée de la même manière, qui aboutissait toujours à une extinction des feux à 19h. Dans ce cadre très règlementé, il écrivait presque tous les jours à ses proches, notamment à son épouse Pierrette et sa belle-mère Marinette, ainsi qu’au Frère Thomas, moine bénédiction de la Pierre-qui-vire qui entama une correspondance avec lui. Il voyait régulièrement le Père Devoyod, prêtre dominicain, aumônier de la prison. C’est dans cette cellule 18 que Jacques connut cette expérience mystique intense après avoir acquis lors d’une nuit de mars 1955 la foi, avec une certitude absolue:

« Après des mois de détention, sans cesse harcelé par mon avocat, j’ai cherché à croire. Peu à peu, j’ai été amené à revoir mes façons de penser. Je n’avais plus la certitude de la non existence de Dieu, je suis devenu réceptif sans cependant posséder encore la foi. Et puis, au bout d’un an de détention il m’est arrivé une douleur affective très forte qui m’a fait beaucoup souffrir et brutalement, en quelques heures j’ai possédé la foi, une certitude absolue. J’ai cru et ne comprenais plus comment je faisais pour ne pas croire. La grâce m’a visité, une grande joie s’est emparée de moi et surtout une grande paix. Tout est devenu clair en un instant. » Ton frère en Dieu: Jacques

(Lumière sur l’échafaud : Lettre de Jacques à Thomas datée du 8 mai 1955)

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« Mon frère, demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira (Mt 7 7). Je suis confus de ne pas avoir répondu à ta longue lettre de l’année dernière, mais à ce moment là, je ne ressentais pas ce que tu m’écrivais. Maintenant, JE CROIS, et j’ai confiance en Dieu. Merci du fond du cœur pour tes nombreuses prières et que ce petit mot t’apporte un peu de joie. Je t’écrirai plus tard. »  Ton frère en Dieu : Jacques                        

(Lumière sur l’échafaud : lettre de Jacques à Thomas datée du 26 avril 1955)

Prison de la Santé, 2ème division

Plusieurs étapes furent préalables avant l’acquisition de cette foi ardente. Après une longue période de mutisme de presque huit mois liée au choc des évènements, Jacques Fesch, seul entre les quatre murs de sa cellule, réfléchit énormément sur son passé, sur chacun des actes accomplis durant sa vie, sur la portée de ce qu’il avait commis, plus largement sur le véritable sens à donner à l’existence et réalisa ainsi un premier examen de conscience.

Puis, en octobre 1954, sa mère Marthe Fesch adressa dans l’un de ses courriers plusieurs livres dont l’un sur les apparitions de la Vierge Marie à Fátima qui lui fit forte impression et amorça les prémisses de sa conversion. Toujours avec la même intensité dans ses pensées et réflexions, qu’il enrichissait par la profusion de ses nombreuses lectures, il posa dans un premier temps la question de la foi, de manière intellectuelle et analytique, puis dans un second temps, lorsque cette réalité le rejoindra, dans la compréhension de ce qu’était la foi en tant que phénomène vécu.

Le 25 juin 1954, le Frère Thomas écrivit spontanément une première lettre à Jacques Fesch. Celui-ci n’y répondit pas pour deux raisons : d’une part parce qu’elle ne lui fut pas transmise immédiatement et d’autre part parce qu’il n’avait pas encore accompli son propre cheminement spirituel permettant de l’assimiler en profondeur.

Le 21 février 1955, après l’envoi de cette précédente lettre, le Frère Thomas lui adressa une seconde lettre, qui s’avère être en fait la première de leur échange et correspondance, où se trouvait un negro spiritual intitulé « Pécheur, on frappe à ta porte. » qui eut une résonance toute particulière pour Jacques Fesch, au point où on le retrouva cousu dans ses vêtements après son exécution. Cette correspondance régulière entretenue avec le frère Thomas, « son cher petit frère » comme il l’appelait, servit de nourriture spirituelle au jeune prisonnier et l’aida dans sa propre progression des débuts de sa conversion jusqu’à ses derniers moments. Parallèlement, sa belle-mère, Marinette Polack, lui adressait conjointement des lettres qui vont l’aider dans toute sa dimension humaine, en tant qu’individu sensible et singulier, et fortifier tout autant sa foi en Dieu, grâce à cette densité et cette proximité toutes maternelles que lui témoignait celle qu’il appelait bien affectueusement  « sa chère maman chérie ».

Peu à peu, Jacques assimila sa cellule de prisonnier à celle d’un moine, et trouva malgré les contraintes de l’univers carcéral, l’élan nécessaire à l’éclosion de sa vie intérieure : « Entre un moine et un détenu croyant et pratiquant, il n’y a qu’une différence de nom. (Cellule 18, lettre du 8 juin 1957); « Il n’y a que deux solutions, l’une qui consiste à se révolter, l’autre à se considérer comme un moine. (Cellule 18, lettre du 23 juin 1957). Il explique que si on est bien disposé et réceptif, cet isolement peut être de nature à favoriser la réflexion et le recueillement. Avec la plus grande humilité, il prit alors modèle sur l’exemple du Christ, ainsi que sur celui des nombreux saints qu’il invoquait comme Sainte Thérèse de Lisieux sont il se sentait très proche, pria également beaucoup la Vierge Marie qui lui apportait un grand réconfort et soutien, comme pouvait lui procurer le lien fervent qu’il entretenait avec Sainte Thérèse, et vécut ses derniers moments d’emprisonnement comme une véritable Passion. Cette vie en prison, dont ses écrits laissèrent le témoignage des grands bouleversements qu’il connut à l’intérieur de sa cellule, prit fin sur l’échafaud, à l’aube, un 1er octobre 1957.

Cellule 18

 

 

 

1 commentaire

  1. Metivier Jean-Pierre

    Je me suis beaucoup intéressé au cas Jacques Fesch, j’ai lu avec la plus grande attention certains ouvrages qui lui étaient consacrés. Une autre affaire, sensiblement comparable à celle de Monsieur Fesch, l’affaire Philippe Maurice, condamné lui aussi à la peine capitale, pour le meurtre d’un agent de police, dans des circonstances étrangement semblables, fuite et peur ayant dans les 2 cas, provoqué l’irréparable! L’élection de F Mitterand, conjuguée à la lutte menée par l’avocat Badinter lors du procès de P Henry, pour l’abolition de la peine de mort. Jacques est mort en saint, le courage l’a porté jusqu’aux bois de justice. Il est vraisemblable que ce garçon méritait de vivre à bien des égards, que son existence aurait probablement été exemplaire, son « jumeau »: Philippe Maurice, gracié par l’élection de Mitterand, a étudié en prison, il est agrégé aujourd’hui, je pense qu’il donne des conférences désormais. Un choix politique aura permis sa « réhabilitation » dans la société, Jacques n’aura pas eu cette chance, un véritable gâchis! J’ai une pensée fraternelle pour ce homme, exécuté à la santé, alors que j’avais 10 ans, pour les suppliciés dont le sang a gercé les pavés de cette prison. JP.Metivier

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