Biographie

JACQUES FESCH

Jacques Fesch dans ses jeunes années.

 

Portrait de Jacques Fesch

Jacques Fesch (6 avril 1930 – 1er octobre 1957)

Né le 6 avril 1930 à Saint Germain-en-Laye, il est le fils de Georges Fesch, directeur de banque et compositeur, et de Marthe Hallez. Sa famille originaire de Belgique s’installe dans les années 1920 à Paris puis à Saint-Germain-en-Laye. Jacques reçut dans son enfance une éducation traditionnelle et suivit sa scolarité principalement à l’école Saint Erembert qu’il fréquenta de 1938 à 1947. Puis il alla au lycée d’État de Saint Germain, actuel lycée Marcel Roby, dès 1947.

Hôtel de Noailles à Saint Germain-en-Laye : maison d'enfance de Jacques Fesch.

Ensuite, il travailla un moment dans le secteur bancaire à la demande de son père. Il fit son service militaire pendant l’année 1951 à Strasbourg où le 5 juin il épousa civilement Pierrette, enceinte de leur fille Véronique. Pendant son service militaire il obtint le grade de caporal accompagné d’un certificat de bonne conduite. De 1952 à 1953, il travailla à la société de son beau-père puis songea à mettre en œuvre quelques projets professionnels, peu avant ses quelques mois de dérive et de détresse personnelle situés entre fin 53 et début 54.

Jacques et Pierrette Fesch lors de vacances à la Clusaz en février 1952.

Jacques Fesch a eu un parcours aussi singulier que tragique. Fils d’une famille pourtant aisée, semblant en apparence lui donner un cadre favorisé lui offrant des chances pour sa vie future, il subit néanmoins de fortes tensions : les difficiles rapports avec ses parents empêchent une compréhension mutuelle. Sans repère ni perspective dans sa vie, il finit par ressentir un profond vide existentiel. Désabusé, il rêve d’évasion et d’horizons lointains. Pour échapper à cette morosité, il projette de s’enfuir en voilier vers des mers exotiques et chaudes, sans avoir pourtant la moindre notion de navigation. Il commande alors la construction d’un beau voilier. Or, il n’a pas l’argent pour le payer. Peu à peu, ce projet fantasmé se transforme en idée fixe et il en vient progressivement à perdre tout sens commun.

Plan du voilier commandé par Jacques Fesch.

C’est pourquoi, le 25 février 1954, il tente maladroitement un hold-up chez un agent de change à Paris. Cela se soldera par un échec et par un drame. Accompagné d’un complice, il avait préalablement demandé l’échange de 2 200 000 Francs en pièces d’or à un agent de change de la rue Vivienne, Alexandre Silberstein, une connaissance de son père. Le changeur ayant quelques soupçons, la situation s’envenime. Jacques Fesch panique, menace le changeur de son arme, et lui assène un violent coup derrière la tête avec la crosse de son pistolet. Le cran de sûreté était mal mis : une balle part et lui blesse la main droite. Il s’empare rapidement de quelques liasses de billets et s’enfuit dans la rue.

Boutique du changeur Alexandre Silberstein rue Vivienne à Paris indiquée par une croix blanche.

Pendant ce temps, devant la réalité des faits, son complice, affolé, perd tout contrôle et se précipite pour prévenir un agent de police. Jacques Fesch, complètement paniqué et blessé à la main, perd ses lunettes pendant sa fuite. Il passe deux fois devant sa voiture sans avoir même l’idée de la prendre. Traqué par la foule, il cherche à s’enfuir et se réfugie dans un immeuble des grands boulevards. Devant l’absence d’issue, il redescend dans la cour où l’attende un attroupement de personnes accompagnées d’un policier. D’un pas assuré, il décide d’atteindre la porte cochère quand soudain il est reconnu. L’agent de police lui adresse alors l’injonction d’usage : «Haut les mains où je tire». Comme il n’obtempère pas, le policier tire. Saisi par la peur, Jacques Fesch, fortement myope, tire à son tour par pur réflexe au travers de sa poche et sans viser sur ce policier qui voulait l’arrêter. Malheureusement, l’agent est touché en plein cœur par cette unique balle et meurt sur le coup. Arrêté quelques minutes plus tard dans le métro, il est ensuite incarcéré à la prison de la Santé.

Jacques après l'arrestation

Pendant sa captivité, il va connaître une extraordinaire élévation spirituelle. Il a perdu la foi dans sa jeunesse mais connait pendant ses trois années et demie de prison un complet bouleversement intérieur l’amenant vers un cheminement spirituel qui le conduit à une authentique expérience mystique. Son aumônier est le Père Devoyod, un prêtre dominicain. De 1954 à 1957, il entretient une correspondance avec ses proches, notamment le Frère Thomas, moine bénédictin de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire, sa belle-mère Marinette, son épouse Pierrette et ses parents et écrit beaucoup jusqu’à plusieurs centaines de lettres. Dans la nuit du 28 février au 1er mars 1955, il est saisi par la foi et la possède désormais avec une certitude absolue. Dans ce cheminement spirituel, il va connaître différentes phases de questionnement et alterner des hauts et des bas qui vont enrichir sa foi et la fortifier. En 1956, il apprend en détention le décès de sa mère survenu à la suite d’une longue maladie.

Jacques Fesch lors de la reconstitution.

Le 6 avril 1957, le jour de ses 27 ans, il apprend sa condamnation à mort par la cour d’assises de Paris. En dépit de sa brillante plaidoirie, l’avocat de Jacques, Maître Paul Baudet, ne parvient pas à sauver son client. Malgré les irrégularités qui ont entouré le procès, le pourvoi en cassation est rejeté. Puis René Coty considère à regret ne pouvoir accorder la grâce présidentielle. Jacques, serein et résigné, accepte son sort. Il fait preuve d’un exceptionnel courage face aux évènements. Entre août et septembre 1957, il écrit son journal qui fait figure de testament spirituel dans lequel il recueille ses dernières pensées et prières à l’approche de la mort. La veille de l’exécution, Jacques et Pierrette s’unissent religieusement et consacrent leur lien devant Dieu conformément à leurs vœux. Le 1er octobre 1957, à l’aube, Jacques est guillotiné. Les témoins sont impressionnés par sa foi lumineuse.

Depuis 1987, à l’initiative du Cardinal Lustiger, Archevêque de Paris, a été ouvert un procès en vue de la béatification de Jacques Fesch. Sa rédemption et le message d’espoir qu’il porte, sont déjà proposés en exemples. Jacques souhaitait ainsi que son histoire serve aux autres afin que personne ne se perde: « que chaque goutte de mon sang serve à effacer un péché mortel.»

Jacques et Pierrette Fesch se retrouvant après le drame.